Category Archives: Energie

Quelques articles sur l’énergie et le pétrole

9 Décembre 2015 – Les Econoclastes
Le pic pétrolier aura bien lieu en 2015…

9 Décembre 2015 – Business Bourse
Devinez ce qui est arrivé la dernière fois que le prix du pétrole est passé sous les 38 dollars le baril ?

30 Septembre 2015 – Middle East Eye
L’effondrement de l’Arabie saoudite est inéluctable – Nafeez Ahmed
7 Juillet 2015 – Blog Oil Man – Le Monde
La planète pétrole s’enfonce dans la crise. So what ? Matthieu Auzanneau

20 Aout 2015 – Novethic
Transformation de l’eau de mer en eau douce : place aux technologies durables

7 Décembre 2015 – radio canada .ca
Ne pas s’arrêter au titre, un article pédagogique sur la fusion nucléaire

Fusion nucléaire : cette machine pourrait sauver la planète

 

Fossiles : dix raisons de sevrer la planète

8 mai 2015 Libération

Nous sommes tous junkies. Dépendants au charbon, au pétrole et au gaz. Produits de la décomposition de forêts et micro-organismes voilà des millions d’années, les combustibles fossiles ont dormi sous terre jusqu’à ce qu’Homo Sapiens se mette à les extraire à marche forcée à partir du milieu du XIXe siècle. Grâce à ce shoot énergétique, tout est devenu possible : le drapeau sur la Lune, les fraises en hiver, la pâte à prout fluo. Plus que jamais, les hydrocarbures irriguent nos vies. Et nos dealers sont bichonnés.
Lire l’article

L’énergie mondiale face à la pénurie ou Colbert et les leçons du ” peak wood “

Article original: http://www.lajauneetlarouge.com/article/lenergie-mondiale-face-la-penurie-ou-colbert-et-les-lecons-du-peak-wood
 
Aux limites des réserves fossiles, sans alternative d’envergure suffisante, la production mondiale d’énergie finira par entrer en décroissance. À moins d’une très hypothétique révolution technologique, il nous faudra faire face à une pénurie sans précédent, qui inversera les tendances actuelles avec la réduction des transports, la relocalisation de l’économie, la réapparition du réutilisable et du réparable, et la fin de la culture de l’obsolescence programmée.
Depuis le démarrage de l’exploitation industrielle du charbon au XVIIIe siècle ou le premier puits de pétrole de Pennsylvanie en 1859, toutes les productions d’énergie fossile sont en croissance. Le choc pétrolier des années soixante-dix n’a pas réduit, même temporairement, la consommation de pétrole. Le nucléaire et l’hydroélectrique n’ont fait qu’absorber une partie de la croissance de la demande.
 
Le charbon reste la deuxième source mondiale d’énergie, et n’est pas réservé aux pays en développement : la production électrique et les industries du monde développé en dépendent largement. À ce jour, la production mondiale d’énergies renouvelables, hors hydroélectrique, reste négligeable (moins de 1 %).
 
La consommation annuelle mondiale d’énergie primaire avoisine les 12 milliards de tep (tonnes équivalent pétrole). Elle a été multipliée par 5 depuis la Seconde Guerre mondiale, sous le double effet de l’augmentation de la population (multipliée par 2 dans les quarante dernières années) et de la consommation par personne (multipliée par 7 en moins d’un siècle).
 
Une demande en forte croissance
Récupérer plus qu’on investit Il y a une limite physique à l’augmentation mécanique des réserves : il faut dans tous les cas récupérer plus d’énergie qu’on en investit dans les opérations d’extraction. La production offshore consomme 10 à 15 % de son énergie produite (15 barils consommés pour 100 produits). On monte à 25 %, voire 50 % (investis sous forme de gaz) dans le cas des sables asphaltiques de l’Alberta (Canada) : il faut consommer l’équivalent d’un baril pour en extraire deux ! Cette contrainte incontournable ne permettra pas d’exploiter plus de 15 % (donc moins de 100 milliards de tep) de ces pétroles non conventionnels. Sans compter les contraintes de mise en production. Seuls 7 à 9 millions de barils par jour seraient produits en 2030 par cette voie (6 à 8 % de la demande).
Les prévisions de croissance de la demande sont très fortes pour plusieurs raisons : les 12 milliards de tep de consommation annuelle mondiale (soit 1,8 tep par terrien) sont très inégalement répartis (8 tep aux États-Unis, 4 tep en Europe, 1,3 tep en Chine et 0,5 tep en Inde). Aligner la population mondiale sur la moyenne européenne de 4 tep conduirait à tripler la demande mondiale. La consommation d’énergie progresse de manière corrélée avec la croissance du PIB et chaque dollar de PIB supplémentaire augmente de 100 à 400 grammes d’équivalent pétrole la demande mondiale. De même, la mondialisation dope la croissance des échanges et accroît d’autant le besoin en pétrole. Si le besoin en marchandises transportées par personne reste remarquablement stable dans les pays développés (autour de 70 kg par jour et par personne), le nombre de kilomètres à parcourir progresse fortement. L’arbitrage entre coût du travail et coût de l’énergie a été jusqu’à présent favorable aux délocalisations.
 
Les différents scénarios de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) tablent ainsi sur une demande annuelle de 15 à 17 milliards de tep à l’horizon 2030, et environ 20 milliards de tep à l’horizon 2050.
 
Aux limites des réserves fossiles
La notion de réserve pour les énergies fossiles est un subtil mélange d’éléments techniques et économiques mais aussi affaire d’appréciation. Les réserves prouvées sont celles ” dont l’existence est physiquement prouvée, et productibles de manière raisonnablement certaine, au niveau de technologie actuel, au prix actuel “. Les réserves probables et possibles font appel à une dose d’appréciation encore supérieure.
 
Comment augmenter les réserves ? Prenons l’exemple du pétrole.
 
Les ressources ultimes La notion de ” ressources ultimes ” permet de s’affranchir des quelques incertitudes liées au calcul des réserves prouvées, probables ou possibles. Il y aurait environ 4 200 milliards de tep (Gtep) de réserves ultimes, dont 3 000 Gtep de charbon, 600 Gtep de pétrole/gaz conventionnels et 600 Gtep de pétrole/gaz non conventionnels. Largement de quoi emballer le climat, malheureusement, puisque la consommation de ces ressources ultimes monterait la concentration en CO2 à plus de 2 000 ppm (parties par million), soit 4 fois le niveau maximal préconisé par le GIEC. Au taux de croissance actuel, soit 2 %, l’intégralité de ces ressources ultimes serait consommée avant un siècle. On peut éloigner cette échéance en réduisant le taux de croissance (c’est ce qu’on fait pour se rassurer en parlant de réserves ” en années de consommation ” comme si celle-ci était stable alors qu’elle n’a fait que croître par le passé). On peut aussi la rapprocher en prenant en compte la limite extractible au lieu des réserves ultimes (2 300 à 2 500 Gtep au lieu de 4 200).
 
Découvrir de nouveaux champs Il reste de nouvelles réserves à découvrir (les géologues s’accordent souvent sur environ 150 milliards de tep). Mais l’offshore trouvera bientôt ses limites, puisque au-delà de 3 000 m d’eau on quitte le plateau continental et ses dépôts sédimentaires. Et depuis la fin des années quatre-vingt, on découvre moins de pétrole qu’on n’en consomme (1 baril découvert pour 4 consommés actuellement). La production repose largement sur une soixantaine de champs ” supergéants ” (plus de 700 millions de tep), qui représentent 40 % des réserves. 70 % à 80 % de la production d’Arabie Saoudite, d’Irak et du Koweït reposent sur 8 champs découverts avant 1970.
 
Mieux récupérer Le taux de récupération est actuellement d’environ 35 %. Puits déviés, injection d’eau ou de gaz, etc., devraient permettre de continuer à gagner quelques points dans le futur, soit quelques dizaines de milliards de tep. Les propriétés physiques des roches-mères et des hydrocarbures ne permettent pas d’envisager beaucoup plus.
 
Augmenter les prix Les réserves sont ce qui est ” productible au prix actuel “, donc toute élévation du prix augmente mécaniquement les réserves. On peut aller chercher du pétrole et du gaz plus loin à un coût plus élevé (offshore profond, huiles lourdes, sables asphaltiques, schistes bitumineux).
 
Revoir les évaluations On peut aussi augmenter ” virtuellement ” les réserves, en révisant le niveau d’appréciation : c’est difficile pour les compagnies pétrolières cotées et assez surveillées, mais plus simple pour certains pays producteurs. Plusieurs pays majeurs de l’OPEP ont ainsi fait un bond dans leurs réserves prouvées (sans nouvelles découvertes) suite à la mise en place des quotas calculés sur les réserves en 1985.
 
Produire du pétrole de synthèse
Aligner la consommation moyenne mondiale sur l’Europe conduirait à tripler la demande
N’attendons pas trop des procédés ” Coal to Liquid ” et ” Gas to Liquid ” : pour produire ce carburant de synthèse, 50 % du contenu énergétique d’origine est perdu, et il s’agit toujours de réserves fossiles… En pratique, le phénomène du ” peak oil ” intervient. Schématiquement, une fois la moitié des réserves sorties de terre, la production va passer par un maximum puis décliner (plus ou moins vite, ce qui permet d’appeler le pic ” plafond ” ou ” plateau “). Le pic est déjà là pour le pétrole (hier selon l’Energy Watch Group, 2010 selon l’ASPO, avant 2020 selon Total) : 33 des 48 pays producteurs y sont déjà passés. Il interviendra dans quelques années pour le gaz, à peine quelques décennies pour le charbon, selon l’usage que nous en ferons.
 
Vivre sans énergies fossiles ?
Confronté à cette augmentation de la demande et aux réserves limitées d’énergie fossile, le réflexe naturel est de rechercher des sources d’énergie alternatives. Commençons par le plus complexe, mais qui a souvent la faveur des médias quand il s’agit des alternatives dans les transports : l’hydrogène.
 
L’hydrogène Séduisant sur le papier comme moyen de stockage de l’énergie, notamment pour les sources intermittentes comme l’éolien et le solaire, son rendement laisse cependant à désirer, sans compter les problèmes de déploiement d’un réseau de distribution et de stockage.
Au taux de croissance actuel l’intégralité des «ressources ultimes» serait consommée avant un siècle
À titre d’ordre de grandeur, la production de 2 milliards de tep sous forme d’hydrogène (soit environ 600 millions de tonnes) pour couvrir 80 % des besoins mondiaux actuels de mobilité nécessiterait 30 000 TWh de production électrique, soit une multiplication par 10 du parc nucléaire existant. En France, il nous ” suffirait ” d’ajouter 48 GW (34 EPR) pour nos 25 millions de tep utilisés dans les transports ! Difficile politiquement et industriellement. L’hydrogène restera donc marginal. Voyons maintenant les autres alternatives aux énergies fossiles : renouvelables et nucléaire. Nous avons construit un scénario théorique, très extrémiste, pour voir si nous pourrions ” vivre sans les énergies fossiles ” avec nos habitudes actuelles. Sur quoi est-il construit ?
 
Les limites du nucléaire Multiplier le parc nucléaire par 25 est difficilement imaginable, pour au moins deux raisons : • il faudrait impérativement passer à la génération IV (les surgénérateurs utilisant l’uranium 238 ou le thorium comme combustible), car les réserves d’uranium 235 sont de l’ordre du siècle au rythme actuel, et toute croissance du parc réduira les réserves (le prix de l’uranium augmente d’ailleurs actuellement dans le sillage du pétrole). Celle-ci ne devrait pas être prête au déploiement industriel avant 2040 ; • la capacité industrielle est limitée : il faudra déjà renouveler le parc vieillissant de la génération II dans les décennies qui viennent, avant de songer à l’augmentation de capacité ; 50 % d’augmentation de capacité à l’horizon 2040 semble déjà très ambitieux, donc 2 500 % à l’échelle d’un siècle, par exemple, paraît irréaliste.
 
L’hydroélectrique Environ 700 millions de tep (Mtep) sont produits actuellement (pour les spécialistes, nous avons pris un facteur de conversion des 3 000 TWh semblable au thermique et au nucléaire). Cette production pourrait encore presque doubler (au prix de quelques arbitrages environnementaux douloureux).
 
Le solaire photovoltaïque En multipliant la production actuelle par 200 (9 fois les prévisions de l’AlE à 2030, plusieurs centaines d’années de production au rythme actuel de fabrication des panneaux pour fournir les 20 milliards de mètres carrés de panneaux), on atteint 450 Mtep. Difficile malheureusement d’en faire autre chose qu’un appoint (sauf le solaire thermique en application décentralisée).
 
L’éolien Nous pouvons produire 2,3 milliards de tep (Gtep) en multipliant la production par 60, soit 7 fois les prévisions de l’AIE à 2030.
 
La géothermie Les ressources sont très localisées mais non négligeables. Nous retenons 5 fois les prévisions de l’AIE à 2030 comme hypothèse de travail, soit 230 Mtep.
 
Les biocarburants En y dédiant 10 % des terres arables (au prix d’arbitrages difficiles avec les besoins agricoles alimentaires) on atteindrait 140 Mtep à raison d’une tep par hectare (en y dédiant l’intégralité des terres arables, on produirait moins de 40 % du pétrole consommé actuellement).
 
La biomasse La mise en coupe réglée d’un quart des forêts mondiales à usage énergétique uniquement (arbitrages douloureux en perspective avec les zones protégées, le bois d’oeuvre et la pâte à papier) rapporterait environ 3 Gtep. Tous ces efforts gigantesques, tant en déploiement industriel (a-t-on réellement les ressources en hommes et en métaux pour cela ?) qu’en arbitrages environnementaux et sociétaux délicats, nous permettraient d’atteindre ” seulement ” 7,5 Gtep, soit deux tiers de la consommation actuelle.
 
Le nucléaire Compte tenu de ce qui précède, en prenant 20 Gtep comme consommation future (hypothèse ” réaliste ” de 8 milliards d’habitants à ” seulement ” 2,5 tep/an), il nous faudrait, pour compléter notre production renouvelable avec du nucléaire, produire autour de 80 000 TWh (en y dédiant la moitié à la production d’hydrogène pour les usages de transport), donc multiplier le parc actuel par 25 ! Et les autres technologies ? Là encore, on se heurte à l’ordre de grandeur ou à la maturité technologique.
 
Les vagues Outre le fait que les régions du monde intéressantes sont assez limitées, elle restera marginale. Un système comme Pelamis, déployé sur 1 000 km de côtes, produirait… moins de 4 % de la production électrique française.
 
Les courants marins Les hydroliennes présentent l’intérêt d’être des sources moins intermittentes que les éoliennes… mais le bilan des opérations (maintenance sous-marine, etc.) reste à démontrer et le potentiel est limité.
Le prix de l’énergie va inexorablement monter pour ajuster la demande à l’offre contrainte
 
La fusion La fusion ne présente strictement aucun intérêt par rapport à la fission génération IV. Elle produit aussi des déchets, et tant que le tritium est produit à partir du lithium, elle n’offre pas une source illimitée, mais comparable à la surgénération (soit quelques milliers d’années).
 
Les nouveaux biocarburants Les biocarburants de génération 2 (déchets verts) et 3 (algues) offrent l’intérêt de ne pas être en compétition avec la production alimentaire. Mais on se heurte encore à des limites physiques : production primaire nette (génération 2) ou compétition dans l’usage des surfaces (les algues doivent recevoir les rayons du soleil pour croître).
 
Une décroissance inexorable Lâchons le mot : à moyen terme, la production mondiale d’énergie va donc entrer en décroissance. La consommation mondiale devra s’y adapter. Nous ne parlons pas nécessairement de choc pétrolier ou énergétique. Mais dans un mécanisme de marché, le prix va inexorablement monter pour ajuster la demande à l’offre contrainte. Nous aurons également des problèmes liés à la pénurie pour les applications non énergétiques des ressources fossiles (matériaux, lubrifiants, engrais…). À partir de ce constat simple, nous pouvons dresser quelques conséquences probables pour les entreprises, et d’abord les changements de paradigme que vivront sans doute les générations actuelles ou futures.
 
Relocaliser Le renchérissement de l’énergie aidant, les arbitrages local-global finiront par s’inverser. Après la vague des délocalisations, nous devrions assister à une relocalisation de l’économie, à une ” réindustrialisation “, les échanges dépendant fortement du pétrole.
 
Stocker et moins transporter Une reconfiguration complète de la chaîne logistique s’imposera dans de nombreux secteurs : le juste à temps est très consommateur d’énergie (c’est du stock sur la route ou dans les airs) et l’arbitrage devrait redevenir favorable à des schémas de stockage plus pertinents pour des modes de transport moins énergivores, mais plus contraignants (bateau, train).
 
Réparer et réutiliser La réapparition du réutilisable et du réparable se fera au détriment du jetable : retour des consignes pour les boissons, modularité dans la conception des objets, etc. Le jetable est très (trop) consommateur d’énergie et de matières premières pour tenir face à une tension énergétique.
 
Colbert et le ” peak wood ” du XVIIe siècle Un seul moment dans l’histoire de l’humanité est comparable à ce qui s’annonce. À partir du milieu du XVIIe siècle se profile une crise énergétique grave en Europe occidentale, notamment en Angleterre et en France. La source d’énergie principale est le bois, la déforestation pour l’agriculture et la surexploitation le rendent de plus en plus rare et cher. Les forêts du Nouveau Monde sont à portée de main, mais construire des bateaux en bois pour aller chercher du bois n’est pas physiquement rentable (il faudrait mettre plus d’une unité pour récupérer une unité… comme pour une partie du pétrole non conventionnel !). Le ” peak wood ” est là ! L’Europe s’en sortira grâce à la mise en place de réglementations fortes (restrictions étatiques, plans de gestion) et une double révolution technologique. En France, Colbert établit en 1669 l’ordonnance relative à la création et à l’entretien des bois et forêts. Il replante massivement pour préparer l’avenir (en tant qu’ancien ministre de la Marine, il sait qu’il faut 3 000 chênes centenaires pour construire un bateau de guerre). Nous lui devons une bonne partie de nos forêts. La double révolution technologique viendra d’Angleterre. Vers 1700-1710, Thomas Savery invente la pompe à vapeur, Thomas Newcomen la machine à vapeur. La combinaison des deux permettra l’exploitation des mines de charbon souterraines, en pompant les nappes phréatiques. La révolution industrielle pouvait démarrer.
 
Faire durer et conserver On devrait voir la fin de la culture de l’obsolescence programmée, qui nous fait consommer toujours plus et remplacer nos produits de consommation courante (produits bruns, téléphonie, informatique, etc.) à un rythme jamais atteint auparavant.
Ceux qui se prépareront à temps à ces changements, en termes d’innovation produits et services, de réflexion sur la conception, la fabrication, la distribution et la fin de vie de leurs produits, de positionnement marketing, de gestion du risque, seront les gagnants de cette mutation énergétique mondiale. Bien entendu tous les secteurs ne seront pas logés à la même enseigne, entre la capacité plus ou moins grande à sortir de ” l’oléodépendance ” et la perception, par des clients tendus sous ambiance inflationniste, de l’utilité réelle des biens et services rendus. Mais c’est d’abord la capacité à regarder la réalité en face et l’anticipation qui feront les gagnants et les perdants de demain.
Faut-il continuer sur notre lancée en attendant un improbable successeur de Colbert et une hypothétique révolution technologique ? Il paraît plus réaliste d’intégrer d’ores et déjà dans nos comportements, mais aussi dans l’évolution de l’économie et des entreprises, la nécessaire baisse de la consommation d’énergie et les conséquences pour les entreprises aussi bien en termes d’offre et de modèle économique qu’en termes de choix opérationnels.

Décroissance : pic pétrolier et concept d’entropie – par Grégoire Goessens –

Article : http://ragemag.fr/decroissance-entre-thermodynamique-et-pic-petrolier/
Alors que l’extraction du gaz de schiste se révèle être une impasse, le pic pétrolier approche à grands pas et les partisans de la décroissance affinent leurs arguments. Parmi ceux-ci, une loi fondamentale de la physique : le second principe de la thermodynamique et son concept central : l’entropie. Adaptée à l’analyse économique, cette loi réduit à néant les rêves d’une croissance infinie dont les premières limites se font effectivement déjà sentir.
 
Selon ce principe majeur de la physique du XIXe siècle, dans un système isolé, l’entropie (grandeur caractérisant le désordre) ne peut qu’augmenter, ce qui, adapté à l’économie, conduirait inexorablement toute civilisation basée sur une croissance infinie à une ruine certaine. Voyons comment des arguments basés sur ce principe peuvent venir renforcer le constat de raréfaction des énergies fossiles et son impact dramatique sur l’économie.
 
Thermodynamique et économie : deux domaines historiquement liés
 
L’application au domaine économique d’une loi de la physique, si universelle soit-elle, nécessite de multiples précautions. Premièrement, les événements à courte échéance restent imprévisibles tant la moindre fluctuation peut s’avérer déterminante surtout dans un système où les agents économiques présentent des comportements irrationnels et variés. À long terme, en revanche, des lignes se dégagent et quelques prévisions sont effectivement envisageables. Les économistes peuvent alors, à la manière de la psychohistoire décrite par Asimov dans le roman Fondation, utiliser des modélisations issues de la physique pour décrire le mode de fonctionnement de notre société. On entrevoit néanmoins, par là, la dérive technocratique qui peut résider dans la réduction des individus à de simples convertisseurs énergétiques.
 
« Ne vous inquiétez pas, promis la croissance, c’est pour 2014. » Crédit : World Economic Forum
 
L’idée d’appliquer des modèles inspirés de la thermodynamique à l’économie n’est pas nouvelle. Déjà au XIXe siècle, Podolinsky avait tenté de faire usage du second principe pour concilier le socialisme à l’écologie. Conciliation rejetée par Marx qui voyait dans cette association l’influence de Malthus qu’il redoutait et qui craignait l’assimilation à une forme de conservatisme. Au XXe siècle, ces idées sont reprises par Georgescu et le conduiront à poser les premières bases du courant de la Décroissance. Pendant que « les experts du néolibéralisme, pédants et pontifiants comme de vieux marquis trop poudrés », nous expliquent, « engoncés dans leur conformisme fossile », que la seule solution à la crise est à chercher dans plus de croissance, les alertes à l’épuisement des ressources ont donc été lancées. Qu’elles restent ignorées ne doit pas conduire à la résignation mais doit pousser à raffiner les arguments de manière à rendre le message plus pénétrant. Détaillons donc comment le concept d’entropie peut s’adapter à la discussion économique et plaider pour une politique plus durable comme celle souhaitée par les décroissants.
 
L’énergie comme moyen d’organisation
Les ressources énergétiques à disposition de l’homme sont en partie utilisées pour organiser l’environnement en arrangeant des éléments désordonnés de la nature, des métaux éparpillés dans le sol par exemple, en objets artificiels ordonnés comme un bâtiment, un ordinateur ou même un simple câble de cuivre. Ce passage du désordre à l’ordre ne se fait que grâce à l’utilisation d’énergie extérieure, essentiellement tirée du pétrole, du gaz ou du charbon, l’électricité n’étant qu’un moyen de transmettre l’énergie. Lorsque le système est isolé, il n’y a, en revanche, pas d’apport d’énergie depuis l’extérieur, ce qui entraîne, d’après le second principe, une augmentation de l’entropie et donc du désordre : laissez votre ordinateur dans une pièce fermée, il finira par rouiller et, au bout de quelques décennies, par tomber en poussière.
« Laissez votre ordinateur dans une pièce fermée, il finira par rouiller et, au bout de quelques décennies, par tomber en poussière. »
On retrouve alors l’état de désordre habituel de la nature. Faut-il en conclure que sans pétrole, nos bâtiments et nos technologies vont tomber en ruine ?
La civilisation humaine dans son ensemble a bénéficié d’un apport d’énergie considérable lors de l’exploitation du pétrole, du charbon et du gaz, ressources accumulées pendant des millions d’années à partir de l’énergie solaire et dépensées dans leur quasi-totalité en un peu plus d’un siècle. Lorsque ces ressources viennent à disparaître, ne reste que la bonne vieille énergie directe du Soleil dans toute sa lenteur et sa stabilité. L’organisation que l’homme peut apporter à la nature redevient faible comme pendant toute la période qui a précédé la révolution industrielle. L’ordre pourra donc continuer à augmenter mais à un rythme beaucoup plus lent. Rien dans le second principe ne permet donc de conclure à un effondrement de la complexité et de l’organisation (au sens physique du terme) de la civilisation. Sauf que…
 
Deux types d’organisation
 
« Le monde sans pétrole sera donc une société où les ordinateurs existent encore mais où Jacques Attali ne pourra plus passer chaque jour de la semaine dans un hôtel d’un pays différent. »
 
L’organisation des sociétés modernes se voit séparée en deux composantes. Une organisation statique, caractérisant le degré de complexité de nos technologies (l’agencement ordonné des métaux dans nos ordinateurs) et réalisée grâce au passage du désordre naturel à l’ordre artificiel par utilisation d’énergie. Et une organisation dynamique, essentiellement représentée par les transports. Coupez les flux énergétiques : l’organisation statique n’est pas affectée mais l’organisation dynamique s’effondre. Le monde sans pétrole sera donc une société où les ordinateurs existent encore mais où Jacques Attali ne pourra plus passer chaque jour de la semaine dans un hôtel d’un pays différent.
Notons que le remplacement permanent des objets dû au choix ubuesque d’une économie basée sur l’obsolescence programmée sera lui aussi fortement réduit. Ainsi, l’atrophie des transports engendrera un système démondialisé où le commerce local reprendra toute son ampleur tandis que la fin de l’obsolescence programmée verra renaître une économie de la durabilité. Le second principe de la thermodynamique implique donc que la réduction de la production d’énergie entraînera un moindre apport d’organisation et donc une croissance au mieux drastiquement réduite, au pire remplacée par une récession généralisée.
 
Fin du pétrole donc fin de la croissance ?
Croissance du PIB par habitant et croissance de la production de pétrole (monde).Source : manicore.com
 
Vue l’extrême lenteur de la formation des ressources fossiles, on peut considérer que leur quantité est fixée une fois pour toutes. La conséquence mathématique de ce constat est que le rythme d’extraction et donc de consommation passera par un maximum avant de décroître inexorablement. Ce passage par un pic pétrolier, puis gazier aura-t-il les conséquences majeures sur l’économie évoquées par de nombreux décroissants ? Tout porte à répondre par l’affirmative tant le secteur énergétique occupe une place centrale dans les activités humaines, pour preuve la très forte corrélation entre l’augmentation du volume de pétrole produit et celle du PIB mondial.
 
Vue l’ampleur de cette corrélation, on peut s’attendre à ce que cette augmentation s’arrête net lorsque les flux de pétrole ralentiront. C’est en fait déjà ce à quoi on assiste depuis les chocs pétroliers des années 70. La croissance de la production pétrolière mondiale est ainsi passée de 5% par an dans les années 60 à 0,1% par an dans les années 2000. Le ralentissement a déjà commencé et les décroissants ont raison de s’inquiéter de l’imminence du pic et de ses conséquences, d’autant plus que les politiques économiques sont encore adaptées de manière structurelle à la croissance et qu’un changement de doctrine, on a pu s’en rendre compte, ne s’opère qu’avec grande difficulté.
De manière parallèle, le développement économique a lui aussi déjà fortement ralenti par rapport aux Trente Glorieuses et l’augmentation du PIB lors de ces trois dernières décennies n’a pu s’effectuer qu’au prix d’un endettement massif de tous les agents économiques (ménages, entreprises, institutions financières par effet de levier et États). Cette bulle spéculative globale est prête à éclater et ce ne sont pas les quelques soubresauts de 2008 qui ont suffi à la dégonfler.
 
« Cette bulle spéculative globale est prête à éclater et ce ne sont pas les quelques soubresauts de 2008 qui ont suffi à la dégonfler. »
 
On ne peut négliger le risque que l’arrivée imminente du pic pétrolier se pose en déclencheur de l’éclatement de cette bulle. Quant aux conséquences à long terme, elles ne peuvent être gérées que par le biais des énergies renouvelables. Mais leur part dans le bilan énergétique global reste faible et le fait que plus de 98 % des transports utilisent l’énergie du pétrole amène à penser que le transfert technologique devra être massif et extrêmement rapide pour assurer ne serait-ce que la stabilisation de l’organisation dynamique de la société moderne. Il y a en fait fort à parier que l’activité économique subira un ralentissement significatif et durable sauf percée technologique majeure.
Les énergies de substitution
 
Part des différentes énergies renouvelables dans la production d’électricité.
 
Une première voie de sortie particulièrement mise en avant en France est le remplacement progressif de l’énergie fossile par la fission nucléaire. L’avantage est évident : on limite le relargage de carbone dans l’atmosphère et on réduit ainsi les futurs dérèglements climatiques dont les premiers signes se font déjà sentir. Reste à régler l’épineuse question des déchets nucléaires et à prier pour qu’aucun accident majeur ne vienne troubler la fragile stabilité des réacteurs. Car, rappelons-le, il s’en est fallu de peu pour qu’une explosion nucléaire ne se produisit à Tchernobyl, accident autrement plus grave que la « simple » explosion thermique de 1986. Prions donc… ou cherchons d’autres solutions !
Parmi les énergies renouvelables, le taux d’utilisation est curieusement inversement proportionnel à leur médiatisation. Ainsi, au niveau mondial, 80 % de l’énergie électrique renouvelable provient d’une production hydraulique (barrage ou chute d’eau) alors que le solaire ne s’élève qu’à hauteur de 1,4%. Le reste est essentiellement produit par l’éolien, en forte croissance, et la biomasse (bois, biogaz, déchets). Sachant que l’ensemble de ces énergies renouvelables ne représente que 20 % de la production totale d’électricité contre 68 % pour les fossiles et 12 % pour le nucléaire, et que la quasi-totalité des transports fonctionne au fossile, lorsque le pétrole et le gaz se raréfieront, la production d’énergie renouvelable devra véritablement exploser pour compenser le manque à gagner, et ce, rien que pour éviter la récession. Dans un tel scénario, chercher à garantir avec ces nouvelles énergies même 2 % de croissance par an relève du déni de réalité tant le pétrole fut une denrée exceptionnelle par son potentiel énergétique fabuleux et son irremplaçable facilité d’extraction et de transport.
Une des pierres d’achoppement de cette transition est en effet l’acheminement de l’énergie vers les zones de forte consommation parfois situées à plusieurs centaines de kilomètres du lieu de production. Pour preuve, en Allemagne, 800 km séparent les éoliennes situées en mer du Nord de la Bavière peuplée de consommateurs gourmands. De plus, des énergies comme l’éolien ou le solaire, par leur intermittence, auront besoin de centrales d’appoint pour couvrir les périodes creuses, centrales d’appoint a priori soit nucléaires, soit fossiles. La reconfiguration du réseau apparaît donc comme nécessaire mais reste aujourd’hui entravée par la logique néolibérale qui enraye toute concertation collective et toute transformation planifiée de long terme.
 
« La reconfiguration du réseau apparaît donc comme nécessaire mais reste aujourd’hui entravée par la logique néolibérale qui enraye toute concertation collective et toute transformation planifiée de long terme. »
 
Quoi qu’il en soit, la quantité de barrages et la surface de forêts à brûler trouveront rapidement des limites. Même constat pour le nombre d’éoliennes et de panneaux solaires gourmands en métaux rares, ce à quoi s’ajoute le coût de production d’énergie qui restera beaucoup plus élevé que pour le pétrole. Point de salut, donc, sans un minimum de logique décroissante en attendant l’éventuelle fusion nucléaire et ses promesses miraculeuses.
 
En conclusion, la raréfaction des ressources énergétiques conduira à un déficit d’organisation qui peut effectivement être compris grâce au second principe de la thermodynamique : moins d’énergie, c’est moins d’organisation donc moins de croissance économique. La récession globale apparaît alors inévitable dans le cadre d’un modèle néolibéral sapant les bases de tout projet politique de long terme.
 
La bourse de Chicago – prévisions à moyen terme(2015-2030)
Pour affronter cette transition d’une brutalité qui s’annonce inégalée, la remise en question du dogme de la croissance est impérative et quelques précautions d’autonomie sont également à envisager étant donné la fragilité de la machine capitaliste qui a trouvé dans l’endettement systématique une fragile et provisoire échappatoire au pic pétrolier. Car comme le dit Lordon au sujet d’une possible crise financière systémique : « la ruine complète du système bancaire c’est le retour au jardin-potager en cinq jours. »
La résolution de tous les problèmes par la croissance est en soi en contradiction avec les limites que nous impose notre environnement et, plus le réveil de nos classes politiques à ce sujet se fera tard, plus la transition sera difficile à opérer.
 
Boîte noire :
Le rapport d’Observ’ER sur la production d’électricité d’origine renouvelable dans le monde: http://www.energies-renouvelables.org/observ-er/html/inventaire/Fr/sommaire.asp
une analyse de Pierre Rabhi sur les valeurs associées à la décroissance : http://www.youtube.com/watch?v=LKIK6jGAWQE
le pic pétrolier expliqué en cinq minutes : http://www.youtube.com/watch?v=bUo7_zOG8F8
le site de vulgarisation de Jean-Marc Jancovici sur les problématiques énergétiques http://www.manicore.com

Extraits du livre de Dennis Meadows, Donella Meadows et Jorgen Randers “Les limites à la croissance (dans un monde fini)”

Préface du livre écrite par Jean-Marc Jancovici :

http://www.manicore.com/documentation/articles/preface_update.html

Plus d’habitants, plus de pauvreté, plus d’habitants .. Page 86

Cette structure qui entretient la pauvreté tient au fait qu’il est plus facile pour les populations riches d’économiser, d’investir et de faire fructifier leur capital que cela ne l’est pour les populations pauvres. Non seulement les riches peuvent davantage contrôler les conditions du marché, acheter de nouvelles technologies et disposer de ressources, mais de vastes siècles de croissance ont bâti pour eux un vaste stock de capitaux qui se multiplient. La plupart des besoins fondamentaux sont satisfaits, on peut donc se permettre des taux d’investissement relativement élevés sans priver la population de l’essentiel. Un faible accroissement démographique permet d’allouer une plus grande partie des richesses à la croissance économique et une moindre partie à la satisfaction des besoins en matière de santé et d’éducation qu’afficherait une population de plus en plus nombreuse.

Dans les pays pauvres, en revanche, la croissance du capital a du mal à suivre le rythme de l’accroissement démographique. La richesse qui pourrait être réinvestie sert de préférence à construire des écoles, des hôpitaux et à pourvoir aux besoins fondamentaux en matière de consommation. Et, la satisfaction de ces besoins fondamentaux laisse peu de place à l’investissement industriel, l’économie se développe lentement. La transition démographique reste bloquée à la phase intermédiaire, celle où l’écart entre les naissances et les décès est important. Lorsque les femmes ne perçoivent pas d’alternative éducative ou économique séduisante au fait d’avoir des enfants, ces derniers restent une des seules formes d’investissement à leur disposition. Voilà pourquoi la population croît, mais sans s’enrichir. D’où l’expression: “Les riches font de l’argent et les pauvres font des enfants”.

Les limites: sources et exutoires
page 97

La seconde catégorie d’éléments indispensables à la croissance est constituée de besoins sociaux. Même si les besoins physiques de la planète peuvent supporter des pays à la fois bien plus peuplés et bien plus développés sur le plan industriel, la croissance de l’économie et de la population dépendra de facteurs tels que la paix et la stabilité sociale, l’égalité et la sécurité de chacun, la présence de dirigeants honnêtes et prévoyants,l’éducation et l’ouverture d’esprit à des idées nouvelles.
La capacité à admettre ses erreurs et à tenter de nouvelles expériences, ainsi que la base institutionnelle nécessaire à des avancées techniques régulières et pertinentes sont difficiles à mesurer et toute prévision précise à leur sujet est sans doute impossible.
Ni cet ouvrage ni World3 ne traitent explicitement de ces facteurs de façon détaillée et exploitable.
Nous ne disposons pas de des données ni des théories causales qui nous permettraient de les intégrer à notre analyse formelle. Mais nous savons que si une terre fertile, une énergie en quantité suffisante, des ressources appropriées et un environnement sain sont nécessaires à la croissance, ils n’y suffisent pas. Même s’ils sont présents en abondance, des problèmes sociaux peuvent les rendre inaccessibles. Nous partons cependant du principe, dans cet ouvrage, que les meilleurs conditions sociales possibles prévaudront.

* «Les limites à la croissance (dans un monde fini)»

 

Sources renouvelables

page 116

Pourquoi n’avons-nous pas parlé du potentiel des cultures génétiquement modifiées ? Parce que le débat persiste. Et on ne sait toujours pas avec certitude si les manipulations génétiques sont nécessaires pour nourrir la planète ni si elles sont soutenables.Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas assez de nourriture à acheter que les populations ont faim, c’est parce qu’elle n’ont pas l’argent nécessaire. Donc produire davantage d’aliment onéreux ne les aidera pas. Et si le génie génétique est susceptible d’augmenter les rendements, d’accroitre les rendements sans intervention sur le génome. Celles-ci ont en effet le double inconvénient de relever de la technologie de pointe et d’être donc inaccessibles à l’agriculteur moyen et de présenter des risques environnementaux. L’engouement pour les cultures issues des biotechnologies est déjà en train de subir un inquiétant retour de manivelle, tant sur le plan écologique et agricole que sur celui de l’opinion.La quantité de nourriture produite aujourd’hui suffirait largement à nourrir plus que correctement la planète entière. Et on pourrait en produire davantage. On pourrait le faire en polluant moins, sur des surfaces plus réduites et en utilisant moins de combustibles fossiles. Des millions d’hectares pourraient être rendus à la nature.

 

 

Forêts

page 130

Si la superficie des forêts des zones tempérées demeure relativement stable, celle des forêts tropicales est en chute libre.

En effet selon la FAO, entre 1990 et 2000, plus de 150 millions d’hectares de forêts tropicales dans le monde ont été convertis à d’autres fins, soit une superficie équivalente au Mexique. La perte des forêts durant les années 90 pourrait donc avoir été de 15 millions d’hectares par an soit 7% durant la décennie.

L’estimation de la surface totale des forêts tropicales en l’an 2000 est de 2,1 milliards d’hectares.

Nous partons de l’hypothèse que le taux de perte actuel est de 20 millions d’hectares par an, ce qui est plus que l’estimation officielle de la FAO mais qui permet d’intégrer les feux de forêts, l’exploitation non durable et les sous-estimations.

Si le taux de destruction reste le même avec 20 millions d’hectares par an, la forêt primaire non protégée aura disparu dans 95 ans.

Si le taux de destruction croît de façon exponentielle, disons à la vitesse à laquelle la population des pays tropicaux augmentent (d’environ 2% par an), la forêt non protégée aura disparu dans environ 50 ans.

Le flux actuel de produits issus de forêts tropicales primaires qui n’ont strictement rien coûtés à l’économie humaine et qui sont suffisamment anciennes pour que des arbres d’une grande taille et d’une grande valeur y poussent, n’est pas soutenable.

 

 

Espèces et systèmes écosystémiques

page 143

La perte d’espèces n’est pas un moyen satisfaisant de mesurer la durabilité de la biosphère, car personne ne sait où se situent les limites.

Combien d’espèces et lesquelles peuvent disparaitre d’un écosystème avant que le système dans son entier ne s’effondre ?

On compare parfois ce phénomène avec le fait de voyager dans un avion auquel on retire les rivets un par un. Combien faudra-t-il en retirer pour que l’avion ne puisse plus voler ?

L’avantage avec un avion, c’est que les rivets sont indépendants les uns des autres. Pas les espèces d’un écosystème. Si l’une d’elles disparait, elle peut en entrainer d’autres dans une longue réaction en chaine.

Étant donné la difficulté qu’il y a à mesurer la vitesse à laquelle baisse le nombre d’espèces sur la planète, le WWF a opté pour une méthode différente afin de quantifier le déclin de la richesse biologique : l’indice “planète vivante” .

Plutôt que de mesurer la baisse du nombre d’espèces, le WWF suit la taille de la population d’un grand nombre d’espèces différentes. Il fait ensuite une moyenne de ces mesures afin d’obtenir une estimation quantitative du changement survenu avec le temps au sein d’une population d’une espèce “représentative”.

C’est cette méthode qui lui a permis de conclure que la population des espèces “moyennes” a diminué d’un tiers depuis 1970. En d’autres termes, le nombre d’animaux, de plantes et de poissons accuse une forte baisse. Il est donc évident que nous puisons de façon non durable dans la sources des services écosystémiques.

 

Émissions de  gaz à effet de serre

page 185

Trois grandes incertitudes demeurent. La première concerne ce que les températures au niveau planétaire auraient été sans interférence humaine, mais alors nos émissions de gaz à effet de serre viendront accentuer le phénomène.

La seconde incertitude concerne l’impact réel du réchauffement de la planète sur les températures, les courants, les vents, les précipitations, les écosystèmes et l’économie humaine selon les endroits du globe.

La troisième incertitude vient des boucles de rétroactions. Les flux de carbone et d’énergie sur notre planète sont extrêmement complexes. Il se peut que des boucles de rétroactions négatives se mettent en place et stabilisent les gaz à effet de serre ou la température. L’un d’eux est déjà à l’œuvre: les océans absorbent en effet la moitié des excès d’émissions anthropiques de dioxyde de carbone. Cette action n’est pas assez puissante pour stopper l’augmentation de la concentration atmosphérique de CO2, mais elle est suffisante pour la ralentir…

Il se peut aussi qu’on observe des boucles de rétroactions positives qui aient un effet déstabilisateur et qui, à mesure que la température augmentera, aggraveront le réchauffement. Ainsi, comme petit à petit, le réchauffement fera baisser la couverture de neige et de glace, la Terre va renvoyer moins de rayonnements solaires, ce qui contribuera au réchauffement. La fonte des sols gelés de la toundra pourrait libérer de gigantesques quantités de méthane, un gaz à effet de serre qui va lui aussi contribuer au réchauffement de la planète et à la fonte des glaces et, au bout du compte, c’est encore plus de méthane qui sera libéré.

 

Au delà des limites

page 193

L’état de pauvreté que connait encore la majorité des habitants de la planète, et la consommation excessive qui caractérise une minorité d’entre eux sont les deux principales causes de la dégradation de notre environnement. Notre façon actuelle de faire n’est pas soutenable et nous ne pouvons plus choisir de procrastiner.

 

Pourquoi le dépassement et l’effondrement ?

(page 255)

Une population et une économie sont en dépassement lorsqu’elles puisent des ressources et émettent des polluants de manière non soutenable, mais ne se trouvent pas encore dans la situation où le stress qu’elles imposent aux systèmes vitaux est suffisamment fort  pour qu’elles soient contraintes de réduire leur consommation ou leurs émissions. Autrement dit, l’humanité est en dépassement lorsque son empreinte écologique se situe au-dessus du niveau soutenable, mais n’est pas suffisante pour la pousser à déclencher les changements qui vont la faire baisser.

 

Un exemple d’imperfection du marché: le turbulent marché du pétrole

(page 324)

De nombreuses raisons expliquent que les signaux du marché pétrolier n’aient pas encore informé utilement des limites physiques  sur le point d’être atteintes. Les autorités publiques des pays producteurs interviennent en effet pour faire monter les prix; elles sont tentées de mentir au sujet des réserves, c’est à dire de les gonfler afin d’être éligibles à des quotas de production plus élevés. De leur côté les autorités des pays consommateurs s’efforcent d’empêcher les prix de grimper. Elles peuvent pour cela mentir sur leurs réserves et les gonfler elles aussi afin de réduire le pouvoir politique des producteurs indépendants. Quant aux spéculateurs, ils peuvent amplifier la valse des prix.

Les quantités de pétrole en surface prêtes à être utilisées exercent une bien plus grande influence sur les prix que le prix de celles qui, sous nos pieds, constituent les ressources futures. Le marché est sourd à toute idée de long terme et n’a que faire des sources et des exutoires ultimes jusqu’à ce qu’ils soient quasiment épuisés et qu’il soit trop tard pour appliquer des solutions satisfaisantes.

 

Conclusion

Un de ces modèles mentaux soutient que notre monde n’est pas confronté à des limites pour pleins de raisons pratiques. Si l’on choisit ce modèle, on prône la poursuite des activités comme à l’accoutumée et on conduit l’économie humaine très loin au delà des limites. Cela se traduit par un effondrement.

Selon un autre modèle mental, les limites ne sont pas loin d’être atteintes mais on n’a plus assez de temps pour réagir et les individus ne peuvent se modérer ni être responsables ni éprouver de la compassion. En tout cas, pas assez vite. Ce modèle est auto-réalisateur: si les populations choisissent d’y croire, il leur donnera raison. Il se traduit lui aussi par un effondrement.

Il existe un troisième modèle selon lequel les limites existent bel et bien et ne sont pas loin d’être atteintes voire le sont déjà pour certaines d’entre elles, mais nous avons juste assez de temps pour réagir.

Il faut donc faire vite. Il y a juste assez d’énergie, de matière, d’argent, de résilience environnementale et de vertu humaine pour enclencher une réduction planifiée de l’empreinte écologique de l’humanité: une révolution de la durabilité vers un monde bien meilleur pour l’immense majorité d’entre nous est possible.

 

 

Articles, vidéos de Dennis Meadows:

 

Vidéo d’Arte (à voir absolument) : Dernière alerte, 40 ans après “Les limites de la croissance” https://www.youtube.com/watch?v=uTrP3escs0s

 

http://www.ddline.fr/de-la-dynamique-des-dechets-par-dennis-meadows/

 

Traduction d’un chapitre entier: http://www.ddline.fr/wp-content/uploads/2013/04/chap7-solid-waste-generation-Traduction-par-C.-Mangeant.pdf

 

http://www.liberation.fr/terre/2012/06/15/le-scenario-de-l-effondrement-l-emporte_826664

 

http://www.rue89.com/rue89-planete/2012/06/21/le-mot-decroissance-un-suicide-politique-pour-dennis-meadows-233223

 

http://www.terraeco.net/Dennis-Meadows-Nous-n-avons-pas,44114.html

 

http://www.enerzine.com/604/13926+les-limites-de-la-croissance—le-rapport-meadows-francise+.html

 

http://www.slate.fr/story/60217/meadows-croissance-environnement

 

http://www.manicore.com/documentation/club_rome.html

Article en anglais de Juin 2015 : “Je pense que nous sommes maintenant dans une situation où cela ne fait pas beaucoup de différence ce que nous voulons ou pas voir se produire d’ici cinquante ans.

Le canoë en eau vive fournit une analogie utile ici. Lorsque vous descendez la rivière, la plupart du temps elle est calme, mais de en temps en temps vous franchissez des rapides. Quand la rivière est calme vous pouvez vous poser et réfléchir à ce que vous voulez faire, comment organiser votre descente où vous voulez vous arrêter pour le déjeuner, etc. Lorsque vous êtes dans les rapides, vous vous concentrez sur l’instant pour garder le contrôle de votre canoë jusqu’à ce que vous reveniez en eau calme. Pendant les moments calmes, il est très utile d’avoir une discussion sur l’endroit où vous voulez être demain ou le jour suivant. Lorsque vous êtes dans les rapides, vous n’avez pas le luxe de ce genre de discussion. Vous essayez de survivre.
Notre société est dans un rapide maintenant.

Le changement climatique est un exemple de cela. Il y avait une période où nous avions une possibilité d’influencer le climat futur par nos décisions sur l’utilisation de combustibles fossiles.
Je pense que le temps est passé. Le changement climatique est de plus en plus dominé par un ensemble de boucles de rétroaction comme le cycle du méthane et la fonte des glaces de l’Arctique qui sont hors de contrôle.
Ces boucles sont les moteurs du système climatique maintenant.
Les décisionnaires du système ne sont pas des gens assis autour d’une table afin de parvenir à un consensus à propos du quel il y a plusieurs résultats possibles et ce qu’ils préfèrent.”

Le dessous des cartes sur l’état des forêts

 

http://www.societal.org/docs/cdr1.htm

Acidification des océans: “L’acidification des océans se produit sur un rythme susceptible de s’emballer au cours du siècle. (en anglais)Rétro-action positive dans les océans: “” « Les océans, qui absorbent près d’un quart des émissions de dioxyde de carbone rejetées par l’homme dans l’atmosphère, ont vu leur taux d’acidité augmenter de 26% depuis le début de l’ère industrielle. Chaque jour, ce sont 24 millions de tonnes de CO2 qui sont ainsi absorbées par les eaux marines. De fait, si les émissions de CO2 restent inchangées, ce taux devrait augmenter de 170% d’ici 2100 par rapport aux niveaux antérieurs à l’ère industrielle », a indiqué l’UNESCO dans un communiqué de presse. « Or, à mesure que l’acidité s’accentue, la capacité des océans à traiter le dioxyde de carbone émis dans l’atmosphère se réduit, diminuant du même coup le rôle d’atténuation que jouent les océans dans le changement climatique. Ces phénomènes sont d’autant plus préoccupants qu’ils se conjuguent avec d’autres menaces pour les écosystèmes marins tels que le réchauffement des eaux, la surpêche et la pollution », a souligné l’agence onusienne. ”

 

http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=31524&Cr=oc%E9ans&Cr1#.UoqMdhCpETu

 

“Aurelio Peccei (1908-1984) mérite d’être connu. Ce n’est certes pas pour son activité professionnelle de vice-président d’Olivetti et de chef de l’organisation Fiat en Amérique latine. C’est plutôt par son rôle primordial dans la constitution du club de Rome et la commande du premier rapport sur les limites de la croissance au début des années 1970. Il nous faut considérer son discours dans son contexte, il y a plus de quarante ans : pareille clairvoyance est rare. Malheureusement on pourrait dire absolument la même chose aujourd’hui, nous soutenons la croissance, nous produisons le désastre. Quelques extraits :

« Je suis né en homme libre et j’ai tâché de le rester. Alors j’ai refusé, j’ai refusé… vous comprenez ce que ça veut dire, surtout en Italie à mon époque : la soumission au conformisme religieux, le fascisme. Je me sens obligé de faire tout ce que je peux pour mettre à la disposition des hommes ce que je sais, ce que je sens, ce que je peux faire. Nous avons tellement développé notre capacité de production qu’il nous faut soutenir une économie dont le côté productif est hypertrophique.  On le fait avec ces injections de motivations artificielles, par exemple par la publicité-propagande. Ou on le justifie par la nécessité de donner du travail à des gens, à une population qui sont enfermés dans un système dans lequel, s’il n’y a pas de production, tout s’écroule. Autrement dit nous sommes prisonniers d’un cercle vicieux, qui nous contraint à produire plus pour une population qui augmente sans cesse.”

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2014/01/28/lhomme-qui-avait-voulu-nous-faire-prendre-conscience/

 

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2014/02/05/eradication-des-baleines-une-volonte-dignorer-les-limites/

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2014/07/18/le-piege-democratique-empeche-les-mesures-ecologiques/

http://www.noeud-gordien.fr/index.php?post/2014/02/18/Nous-n-y-pouvons-rien-faire

Conférence en anglais (Islande): https://www.youtube.com/watch?v=AQThrCBfv3M

Présentation de la conférence: http://www.hi.is/sites/default/files/dennis_meadows_ui_handout.pdf

 

Article de Septembre 2014: http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/sep/02/limits-to-growth-was-right-new-research-shows-were-nearing-collapse?CMP=fb_gu

http://www.pauljorion.com/blog/2014/09/02/il-reste-un-peu-de-temps-mes-freres/

 

Interview de Meadows sur Arte: